Olivier Becht · Sans étiquette · Travail
Un « CDI universel » garanti par l'État à la place du chômage, du RSA et des aides au logement
Possible, mais un point clé manque : coût, financement ou droit.
Plus de 20 milliards d'économies promises sans calcul publié, alors que l'expérience la plus proche d'emploi garanti coûte plus cher que les aides qu'elle remplace.
La proposition
Remplacer l'assurance chômage, le revenu de solidarité et les aides au logement par un « CDI universel », garanti par l'État via une « Entreprise pour l'Emploi » construite avec les partenaires sociaux. Ce contrat suit la personne d'un employeur à l'autre et n'est jamais payé sous le salaire minimum. Sans poste, le salaire de base est maintenu, mais la personne doit se former ou, si l'emploi tarde, consacrer 25 heures par semaine à une collectivité ou une association. Rompre ce contrat ou le perdre pour faute grave n'ouvre droit à aucune autre prestation. Le candidat en attend « plus de 20 milliards d'économies » sur les quelque 80 milliards dépensés chaque année pour le chômage et l'inactivité.
Annoncée
24 septembre 2026 · Livre-programme « Le Projet France » (partie 5, « Le CDI universel »), présenté avec la déclaration de candidature du 24 septembre 2026 ; le dossier de presse du même jour parle d'un « contrat universel de protection » (axe 2)
Ce que ça change pour vous
Personne seule au RSA et locataire : 873 € par mois en janvier 2025, dont 572 € de RSA et 301 € d'aide au logement (DREES).
Avec le CDI universel : au moins le SMIC, soit environ 1 478 € net par mois (SMIC de juin 2026), en échange de 25 heures d'activité par semaine ou d'une formation.
Les aides au logement disparaissent. Le programme ne dit pas ce que deviennent les salariés modestes, les étudiants et les retraités qui en touchent aujourd'hui.
Une personne qui rompt son contrat ou le perd pour faute grave n'a plus droit à aucune aide.
RSA et aide au logement, puis SMIC net contre 25 heures d'activité
605 €/mois de plus
Combien ça coûte
Le candidat annonce « plus de 20 milliards d'économies » sur environ 80 milliards par an. Il ne publie pas son calcul.
Ce que la mesure remplace : 38 milliards d'allocations chômage (Unédic, prévision 2026), 16,1 milliards d'aides au logement (DREES, 2024), plus le RSA, versé à 1,84 million d'allocataires (DREES, fin 2024).
Notre estimation : un SMIC brut coûte 22 400 € par an. Avec les 60 milliards restants (80 moins 20), on paie donc au plus 2,7 millions de personnes sans poste, sans compter les cotisations patronales. En 2026, 2,6 millions de chômeurs sont indemnisés (prévision Unédic).
Le dispositif le plus proche, « Territoires zéro chômeur », coûte 11 300 à 13 700 € net par emploi à temps plein et par an, une fois déduits les coûts sociaux évités et les recettes générées (comité scientifique, 2025) : c'est un coût, pas une économie.
Est-ce possible
Une loi ordinaire suffit pour l'essentiel : la Constitution confie à la loi le droit du travail et la sécurité sociale (article 34).
L'obligation d'activité est possible. Le Conseil constitutionnel a validé en 2023 les 15 heures du RSA, à condition de les adapter à la situation de chacun. Les 25 heures devront suivre la même règle.
La CEDH ne s'y oppose pas : en 2010 (Schuitemaker c. Pays-Bas), elle a jugé qu'obliger un allocataire à accepter tout travail, sous peine de baisse de son allocation, n'était pas du travail forcé.
Point fragile : priver de toute aide une personne qui rompt son contrat ou le perd pour faute grave. Le programme prévoit un statut pour ceux que la santé ou le handicap empêche de travailler, mais le Préambule de 1946 garantit aussi des « moyens convenables d'existence » à qui ne trouve pas d'emploi du fait de « la situation économique ».
- Remplacer chômage, RSA et aides au logementUne loi ordinaire suffit (article 34)Oui
- Salaire garanti au moins au SMICRelève de la loiOui
- 25 heures d'activité ou une formationÀ adapter à chacun (Conseil constitutionnel, 2023)Sous conditions
- Aucune aide après une rupture ou une faute gravePréambule de 1946 : « moyens convenables d'existence »Sous conditions
Qui paie
La mesure est présentée comme une source d'économies : plus de 20 milliards par an, selon le candidat.
Le détail n'est pas publié : on ne sait ni combien de personnes resteraient sans poste, ni ce que coûteraient l'« Entreprise pour l'Emploi » et les formations.
Ces économies supposent qu'une grande partie des chômeurs trouvent un emploi ailleurs, ou que des ménages perdent leur aide au logement. Le programme ne chiffre aucune de ces deux hypothèses.
Une piste qui tient mieux
Garder l'idée d'un emploi garanti au moins au SMIC, avec une contrepartie pour chaque aide, mais commencer par les chômeurs de longue durée, sur le modèle « Territoires zéro chômeur ».
Coût : 11 300 à 13 700 € net par emploi à temps plein et par an (comité scientifique, 2025), soit environ 1,1 à 1,4 milliard pour 100 000 emplois, hors aide de démarrage.
Garder les aides au logement et appliquer l'obligation d'activité déjà votée en 2023 pour le RSA, validée par le Conseil constitutionnel. Mesurer le retour à l'emploi avant d'étendre le dispositif.
La vidéo
Vidéo bientôt en ligne.
Sources
- Becht 2027 — Le livre « Le Projet France », partie 5 : Un nouveau modèle social (septembre 2026)
- Unédic — Prévisions financières de l'Unédic (mars 2026)
- DREES — Les dépenses de protection sociale en 2024 (Comptes de la protection sociale, édition 2025)
- DREES — Le nombre d'allocataires de minima sociaux augmente en 2024 (04/12/2025)
- Legisocial — Montant du SMIC 2026 (revalorisation du 1er juin 2026)
- Banque des Territoires — Territoires zéro chômeur : le comité scientifique appelle à poursuivre malgré « un coût significatif » (23/09/2025)
- Conseil constitutionnel — Décision n° 2023-858 DC du 14 décembre 2023, loi pour le plein emploi
- Cour européenne des droits de l'homme — Guide sur l'article 4 de la Convention (mise à jour du 28/02/2026)
Mise à jour : 28 octobre 2026