Olivier Becht · Sans étiquette · Éducation
Enseignants à 1,8 SMIC en début de carrière
Possible, mais un point clé manque : coût, financement ou droit.
Environ 5 à 8,6 milliards par an si toute la grille suit : possible par décret, mais le candidat ne chiffre pas la mesure et la baisse du nombre d'élèves n'en paierait qu'une partie.
La proposition
Porter le salaire de début de carrière à 1,8 SMIC pour un professeur des écoles et à 2,3 SMIC pour un agrégé, contre « 1,5 et 1,8 aujourd'hui » selon le candidat, pour retrouver « l'écart au salaire minimum d'il y a 30 ans ». L'effort serait « financé notamment par la baisse de la démographie scolaire ». Les enseignants seraient formés dans des écoles normales recréées, et leur gestion serait décentralisée.
Annoncée
24 septembre 2026 · Livre-programme « Le Projet France » (partie 4), présenté avec la déclaration de candidature du 24 septembre 2026, puis repris dans une vidéo de campagne « Enseignants : je propose 1,8 SMIC en début de carrière »
Ce que ça change pour vous
Un professeur des écoles débutant gagne environ 2 250 € nets par mois (Sénat, novembre 2025). À 1,8 SMIC, il toucherait environ 2 660 €, soit environ 410 € de plus.
Un agrégé débutant passerait d'environ 2 810 € à environ 3 400 € nets par mois, soit environ 590 € de plus.
Calcul fait sur un SMIC net d'environ 1 478 € (juin 2026). Le candidat ne précise pas s'il parle de brut ou de net.
Environ 853 000 enseignants du public et du privé sous contrat sont concernés si toute la grille suit. Sinon, seuls les débuts de carrière le sont.
Professeur des écoles débutant
410 €/mois de plus
Agrégé débutant
590 €/mois de plus
Combien ça coûte
Le candidat ne chiffre pas la mesure, et aucun chiffrage public de cette proposition n'a été trouvé.
Estimation : environ 410 € nets de plus par mois pour toute la grille, soit environ 490 € bruts × 12 mois × 853 000 enseignants. Cela fait environ 5 milliards par an, hors cotisations de retraite.
Si toute la paie augmente de 20 % (de 1,5 à 1,8 SMIC) : environ 8,6 milliards par an (20 % des 43,1 milliards de masse salariale des enseignants retenus par l'IFRAP en 2021), hors retraites.
Pour comparer : Institut Montaigne (2022) chiffrait 530 € nets de plus pour tous à 6,6 à 7,3 milliards par an. Selon l'IFRAP (2021), la hausse de 30 % proposée en 2022 coûterait 17 milliards, retraites comprises.
Est-ce possible
Salaires et primes : un décret suffit, avec les crédits votés dans la loi de finances. La prime d'attractivité (décret du 12 mars 2021) vise déjà les échelons 1 à 9, donc les débuts de carrière.
Écoles normales : les instituts qui forment aujourd'hui les enseignants (INSPÉ) ont été créés par la loi du 26 juillet 2019. Une loi ordinaire suffit pour les remplacer.
Gestion décentralisée : le niveau n'est pas précisé. Un transfert aux collectivités passe par une loi ordinaire, avec des ressources équivalentes (article 72-2 de la Constitution).
Aucune règle de la Constitution ou du droit européen ne s'y oppose.
- Hausse des salaires et primesDécret + crédits en loi de financesOui
- Écoles normalesLoi ordinaire (INSPÉ créés en 2019)Oui
- Gestion décentraliséeLoi ordinaire + ressources transférées (art. 72-2)Oui
- Constitution et droit européenAucun obstacle identifiéOui
Qui paie
Le candidat annonce un effort « financé notamment par la baisse de la démographie scolaire », sans montant ni calendrier.
IPP (juin 2025) : à taille de classe constante, la baisse du nombre d'élèves permettrait de supprimer environ 50 000 postes dans le premier degré d'ici 2034. L'économie serait d'environ 3,4 milliards par an à cette date.
Cela paierait une partie du coût, et seulement à terme. Le reste du financement n'est pas écrit.
Une piste qui tient mieux
Garder l'objectif d'un vrai salaire de départ, en le payant avec la ressource que cite le candidat : viser 1,8 SMIC pour les débutants grâce à la prime d'attractivité, qui couvre déjà les échelons 1 à 9.
Fixer l'enveloppe au niveau des économies liées à la baisse du nombre d'élèves : environ 3,4 milliards par an d'ici 2034 (IPP, 2025). Inscrire chaque année la hausse et les postes en moins dans le budget.
- Hausse ciblée sur les débuts de carrière, dans l'enveloppe démographique (IPP) · 3,4 Md€
Environ 1,5 fois moins cher
La vidéo
Vidéo bientôt en ligne.
Sources
- Becht 2027 — Le livre « Le Projet France », partie 4 : Un nouveau modèle économique
- Sénat — Rapport sur le projet de loi de finances pour 2026, Enseignement scolaire : rémunérations des enseignants (24/11/2025)
- Legisocial — Montant du SMIC 2026, revalorisé au 1er juin 2026
- Institut Montaigne — Chiffrage : porter la rémunération des enseignants au niveau des cadres (2022)
- IFRAP — Salaire des enseignants : ce qu'une augmentation coûterait vraiment à l'État (15/12/2021)
- IPP — Taille des classes et inégalités territoriales face à la baisse démographique (juin 2025)
- Sénat — Réponse ministérielle sur la prime d'attractivité, décret n° 2021-276 (30/10/2025)
- Légifrance — Loi n° 2019-791 du 26 juillet 2019 pour une école de la confiance (INSPÉ)
Mise à jour : 28 octobre 2026