Juan Branco · Les Ruches · Économie
Nationaliser électricité, eau, santé, télécoms et autoroutes
Possible, mais un point clé manque : coût, financement ou droit.
Possible en partie avec indemnisation, mais au moins 65 milliards à verser sans financement, et l'opérateur télécom unique comme la sortie du marché européen de l'électricité sont contraires au droit de l'UE.
La proposition
Nationaliser l'électricité, l'eau, la santé, les télécoms et les autoroutes. Électricité : exproprier les acteurs privés de la distribution et sortir du marché européen de l'électricité. Eau : renationaliser les entreprises de distribution. Autoroutes : exproprier les compagnies concessionnaires. Télécoms : exproprier les opérateurs téléphoniques et internet et créer un opérateur unique. Le volet santé (service public universel) fait l'objet d'une fiche à part.
Annoncée
Programme « La Voie » publié sur ruches.org : priorité « Souverainiser », réforme 12 (électricité, eau, autoroutes) et réforme 05 (numérique)
Ce que ça change pour vous
Presque tous les ménages sont concernés comme usagers des autoroutes, de l'eau, de l'électricité et des télécoms, ainsi que les actionnaires et salariés des entreprises reprises.
Le programme n'annonce aucune baisse de prix chiffrée. Pour l'électricité, il prévoit des tarifs selon la consommation et un « minima vital forfaitaire », sans montant.
Eau : en 2021, l'eau et l'assainissement coûtaient en moyenne 4,26 €/m³ en régie publique et 4,42 €/m³ chez un délégataire privé (SISPEA). Pour 120 m³ par an, cela fait 511 € contre 530 €, soit environ 19 € d'écart.
Cet écart est une moyenne. Il ne prouve pas qu'une reprise publique ferait baisser chaque facture.
Délégataire privé (4,42 €/m³) puis moyenne en régie (4,26 €/m³)
19 € de moins
Combien ça coûte
Aucun chiffrage du candidat ni d'un organisme public ou indépendant n'a été trouvé.
Estimation : au moins 65 à 70 milliards à verser une fois. Racheter les autoroutes coûterait 45 à 50 milliards (Bercy, cité par le Sénat en 2020), et un accord de juin 2026, non encore finalisé, valorise SFR seul à 20,35 milliards.
Orange, Bouygues Telecom, Free, les entreprises de l'eau et les fournisseurs d'électricité ne sont pas comptés.
Par an : emprunter 65 à 70 milliards à 4,44 % (taux à 10 ans de septembre 2026, BCE) coûte environ 3 milliards d'intérêts, moins les bénéfices des entreprises reprises.
Est-ce possible
Une loi ordinaire suffit pour nationaliser (article 34), à condition de verser une « juste et préalable indemnité » (Conseil constitutionnel, 16 janvier 1982). Le programme ne parle pas d'indemnisation.
Autoroutes, entreprises de l'eau, opérateurs télécoms : l'État peut les reprendre s'il indemnise les propriétaires.
Opérateur télécom unique : non. Le droit européen interdit d'accorder des droits exclusifs sur les réseaux et services de télécoms (directive 2002/77).
Électricité : tant que la France est dans l'Union européenne, elle ne peut ni sortir du marché européen ni supprimer le libre choix du fournisseur (directive 2019/944, article 4). Seule une sortie de l'UE, que le programme propose de soumettre à référendum, lèverait ces deux obstacles.
- AutoroutesLoi et juste indemnité préalableOui
- Entreprises de l'eauLoi et juste indemnité préalableOui
- Opérateurs télécoms : expropriationLoi et juste indemnité préalableOui
- Opérateur télécom uniqueDroits exclusifs interdits (directive 2002/77)Non
- Électricité : monopole, sortie du marché européenLibre choix du fournisseur (directive 2019/944)Non
Qui paie
Le programme ne chiffre ni le coût des nationalisations ni l'indemnisation des propriétaires.
Il ne dit pas comment les payer. Une note du chapitre Industrie évoque un « rendement » de 80 milliards par an, sans dire à quelle mesure il se rapporte.
En retour, l'État toucherait les bénéfices des entreprises reprises : 3,3 milliards de résultat net en 2019 pour les seules sociétés d'autoroutes historiques (Sénat, 2020). Le candidat ne chiffre pas ce gain.
Une piste qui tient mieux
Même objectif, des réseaux essentiels sous contrôle public, sans rachat anticipé et dans le respect du droit européen.
Autoroutes : ne pas prolonger les concessions, qui prennent fin entre 2031 et 2036. Le Sénat (2020) juge raisonnable d'aller à leur terme plutôt que de payer 45 à 50 milliards.
Eau : reprendre le service en régie à la fin de chaque contrat, comme c'est déjà le cas pour 43 % des usagers (SISPEA, 2021), ce qui évite d'indemniser une rupture anticipée.
Électricité et télécoms : un acteur public de référence, sans monopole ni sortie du marché européen ; coût non chiffré.
- Autoroutes reprises à la fin des contrats · 0 Md€
- Eau reprise à la fin des contrats · 0 Md€
La vidéo
Vidéo bientôt en ligne.
Sources
- Les Ruches — La Voie, programme de Juan Branco
- Sénat — Commission d'enquête sur les concessions autoroutières, rapport n° 709, synthèse (septembre 2020)
- La Libre / AFP — Rachat de SFR pour 20,35 milliards d'euros (07/06/2026)
- Observatoire SISPEA — Synthèse du rapport national, données 2021 (juin 2023)
- Conseil constitutionnel — Décision n° 81-132 DC, loi de nationalisation (16/01/1982)
- EUR-Lex — Directive 2002/77/CE sur la concurrence dans les communications électroniques (article 2)
- EUR-Lex — Directive (UE) 2019/944 sur le marché intérieur de l'électricité (article 4)
- Eco3min — Taux de l'OAT à 10 ans, moyennes mensuelles BCE / Banque de France (octobre 2026)
Mise à jour : 28 octobre 2026