Raphaël Glucksmann · Place publique · Fiscalité
Baisser la CSG sur les salaires en taxant les très gros héritages
Possible, mais un point clé manque : coût, financement ou droit.
15 milliards de CSG en moins par an, payés par les très gros héritages : possible en droit, mais 10 des 15 milliards viennent des plus-values au décès, chiffrées de 1,3 à près de 10 milliards par an selon les études.
La proposition
Baisser la CSG sur les salaires des salariés, pour 15 milliards d'euros par an, financés par une fiscalité plus lourde sur les 1 % d'héritages les plus élevés (au-delà de 2 millions) : taux maximal porté de 45 à 50 %, pacte Dutreil recentré, plus-values taxées au décès.
Annoncée
23 août 2026 · Déclaration de candidature sur TF1 ; la baisse de CSG est précisée le 27 août au débat des candidats devant le Medef
Ce que ça change pour vous
Le candidat veut reverser 15 milliards par an aux salariés, sans avoir dit de combien baisserait la CSG ni sur quels salaires.
Estimation, si la baisse est égale pour tous : environ 1,25 point de CSG en moins (un point rapporte 17,9 milliards selon la Sécurité sociale en 2025, dont environ 12 sur les revenus du travail).
Pour 2 500 € brut, la CSG (9,2 % sur 98,25 % du brut) passerait de 226 € à 195 € par mois : 31 € de plus sur la fiche de paie, sans coût pour l'employeur.
Héritiers des successions de plus de 2 millions (1 % selon le candidat) : avec le seul taux de 50 %, chaque héritier paierait 50 000 € de plus par million taxé au-delà de 1,8 million.
CSG prélevée chaque mois
31 €/mois de moins
Combien ça coûte
La baisse de CSG coûterait 15 milliards par an : la somme que le candidat veut verser « directement sur la fiche de paie » (franceinfo, 25 août 2026).
Pour la payer, il attend 15 milliards de plus des très gros héritages ; les droits de succession et de donation rapportent aujourd'hui environ 20 milliards par an (franceinfo, d'après Eurostat).
Aucun chiffrage indépendant de l'ensemble n'a été publié à notre connaissance ; pour Guillaume Allègre, économiste à l'OFCE, viser 1 % des héritages pour 15 milliards est « très optimiste ».
Le plus gros levier, 10 milliards sur les plus-values au décès, est chiffré de 1,3 à près de 10 milliards par an : CAE (2021) : 1,3 ; Terra Nova : 2 (2022), puis 4 (2024) ; Fondation Jean-Jaurès (2024), rapport cité par la campagne : 9,9 en moyenne sur 2025-2040, dont 7,3 en 2027.
Est-ce possible
Baisser le taux de CSG sur les salaires : oui, une loi suffit, en pratique la loi de financement de la Sécurité sociale.
Une baisse réservée aux bas salaires risquerait la censure : le Conseil constitutionnel en a censuré une en 2000, faute de tenir compte des autres revenus du foyer et des personnes à charge (décision 2000-437 DC).
Taux de 50 % et pacte Dutreil recentré : oui, une loi de finances suffit ; aucune règle européenne ne fixe les droits de succession.
Plus-values au décès : possible par une loi, en tenant compte de la capacité à payer des héritiers, comme l'exige le Conseil constitutionnel ; le CAE (2021) suggère de les taxer quand l'héritier revend.
- Baisse du taux de CSG sur les salairesUne loi de financement de la Sécurité sociale suffitOui
- Baisse réservée aux bas salairesCensurée en 2000 si elle ignore les revenus du foyerSous conditions
- Taux de 50 % et pacte Dutreil recentréUne loi de finances suffitOui
- Plus-values taxées au décèsTenir compte de la capacité à payer des héritiersSous conditions
Qui paie
Le financement est écrit : l'équipe du candidat détaille trois leviers pour 15 milliards par an (Simon Bernard, coordinateur de campagne, sur franceinfo).
Taux maximal porté de 45 à 50 % au-delà de 1,8 million : 2 milliards. Pacte Dutreil recentré : 3 milliards. Plus-values taxées au décès : 10 milliards.
Le pacte Dutreil a coûté 3,3 milliards en 2023 et plus de 5,5 en 2024, en partie à cause d'une très grosse donation chaque année (Cour des comptes, novembre 2025) : en récupérer 3 suppose d'en supprimer au moins la moitié.
Plus-values : avec les chiffrages du CAE et de Terra Nova (1,3 à 4 milliards), il manque 6 à 8,7 milliards par an ; avec celui de la Fondation Jean-Jaurès, il manque 2,7 milliards en 2027, et plus rien à partir de 2034.
Une piste qui tient mieux
Garder l'objectif, mais caler la baisse de CSG sur des recettes plus sûres : environ 7 milliards par an au lieu de 15, avec une hausse prévue si les recettes rentrent mieux.
Soit le taux de 50 % (2 milliards) et le pacte Dutreil recentré (3 milliards), chiffres du candidat, plus environ 2 milliards à terme en taxant les plus-values quand l'héritier revend (Terra Nova, 2022).
Cela ferait près de 0,6 point de CSG en moins pour tous les salaires, soit environ 14 € de plus par mois pour 2 500 € brut, sans le risque de censure de 2000.
- Baisse calée sur des recettes plus sûres · 7 Md€
Environ 2,1 fois moins cher
La vidéo
Vidéo bientôt en ligne.
Sources
- LCP — Présidentielle 2027 : ce qu'il faut retenir du premier débat entre les candidats (27/08/2026)
- franceinfo — Augmenter les salaires en taxant les plus gros héritages, la proposition de Raphaël Glucksmann est-elle réaliste ? (25/08/2026)
- Fondation Jean-Jaurès — Face à la « grande transmission », l'impôt sur les grandes successions (novembre 2024)
- Conseil d'analyse économique — Repenser l'héritage, note n° 69 (décembre 2021)
- Cour des comptes — Le pacte Dutreil, un dispositif fiscal en forte croissance à mieux cibler, synthèse (novembre 2025)
- Sécurité sociale (DSS) — Valeur du point de CSG et des points de cotisation, données 2025
- Service-public.gouv.fr — CSG et CRDS sur les revenus d'activité et de remplacement (vérifié le 01/06/2026)
- Conseil constitutionnel — Décision n° 2000-437 DC du 19 décembre 2000 (baisse de CSG sur les bas salaires)
Mise à jour : 28 octobre 2026