Marine Le Pen · RN · Finances publiques
125 puis 140 milliards d'économies d'ici 2032
Interdite telle quelle, ou impossible à financer en l'état.
140 milliards d'économies annoncées, 7,5 jugés crédibles par l'Institut de l'Entreprise : la fraude ne peut pas rapporter autant, et deux volets sont contraires au droit.
La proposition
Faire 140 milliards d'euros d'économies nettes par an à l'horizon 2032 (125 milliards annoncés fin août devant le Medef), avec 125 mesures : État et agences, Sécurité sociale, aides aux étrangers, contribution à l'UE et lutte contre la fraude, surtout à la TVA. En parallèle, 30 milliards de baisses d'impôts.
Annoncée
27 août 2026 · Débat des candidats devant le Medef ; plan détaillé et porté à 140 milliards le 6 octobre 2026
Ce que ça change pour vous
Tout le monde est concerné : 140 milliards, c'est environ 8 % des dépenses publiques prévues en 2026 (1 735 milliards, selon le CAE).
Selon l'annexe du RN, regroupée par l'Institut de l'Entreprise, l'effort net de 2031 porterait sur : Sécurité sociale 53,1 milliards ; État, agences, collectivités 29 ; immigration 29 ; énergie, réseaux, autoroutes 29 ; fraude (TVA, cartels) 23,8 ; Union européenne 19,5.
Collectivités et agences perdraient au moins 200 000 postes en cinq ans, selon Jean-Philippe Tanguy (RN). Les étrangers n'auraient les aides de solidarité qu'après 5 ans de travail, et les prestations familiales seraient réservées aux familles avec un parent français.
En face, les ménages gagneraient 24,7 milliards de baisses d'impôts nettes en 2027 ; les entreprises, prises ensemble, ne gagneraient rien la première année (Institut de l'Entreprise).
Combien ça coûte
Le RN annonce une baisse du déficit de 71,6 milliards dès 2027 et de 141,7 milliards en 2031. Ce montant tient compte de 53,2 milliards de baisses d'impôts et de 16,1 milliards de dépenses nouvelles la première année.
Institut de l'Entreprise (octobre 2026) : 7,5 milliards crédibles en 2031 (fourchette : de 25 milliards de déficit en plus à 50 milliards en moins), et 2,9 milliards en 2027 au lieu de 71,6.
Exemple : le RN attend 18 milliards de la TVA prélevée à la source, plus que toute la TVA non perçue en France (12,1 milliards en 2023, Commission européenne) ; la base du CAE (octobre 2026) chiffre à 0,5 milliard par an le gain d'une lutte renforcée contre la fraude à la TVA.
Le CAE (octobre 2026) juge nécessaire un effort d'au moins 125 milliards d'ici 2032 pour stabiliser la dette : l'objectif est dans l'ordre de grandeur du besoin, c'est le rendement des mesures qui est en cause.
Est-ce possible
Économies sur l'État, les agences et la Sécurité sociale : possibles par une loi de finances, une loi de financement de la Sécurité sociale ou une loi ordinaire. Les collectivités s'administrent librement (article 72 de la Constitution) : l'État agit surtout par ses dotations.
Baisse de 13,1 milliards de la contribution à l'UE : non. Elle découle d'une décision européenne adoptée à l'unanimité et ratifiée par chaque pays, que la France ne peut pas réduire seule.
Aides réservées selon la nationalité ou après 5 ans de travail (18,1 milliards en 2031) : non en l'état. En avril 2024, le Conseil constitutionnel a censuré une condition plus souple (5 ans de résidence ou 30 mois de travail).
Il faudrait réviser la Constitution (article 89 : 3/5 du Congrès, ou référendum après vote des deux assemblées), et la CEDH comme le droit européen resteraient un obstacle.
- État, agences, collectivités, Sécurité socialeLoi de finances ou loi ordinaire ; collectivités via les dotationsOui
- Baisse de la contribution à l'UE (13,1 Md€)Décision européenne adoptée à l'unanimitéNon
- Aides selon la nationalité ou 5 ans de travail (18,1 Md€)Version plus souple censurée en 2024Non
Qui paie
Depuis le 6 octobre, le plan est écrit : 125 mesures chiffrées, qui doivent aussi payer les baisses d'impôts promises.
Mais selon l'Institut de l'Entreprise, 80 % des montants attendus en 2031 reposent sur des mesures sans mode d'emploi, fragiles en droit ou sans effet sur le déficit, comme 15 milliards de « réparation » des retraites sans mesure décrite.
La fraude sociale n'est pas le premier levier : le volet fraude vise surtout la TVA. Les cinq mesures contre la fraude recensées dans la base du CAE (octobre 2026) rapporteraient ensemble environ 4,1 milliards par an, dont 0,84 milliard pour la fraude sociale.
Fraude sociale : environ 14 milliards par an selon le HCFiPS (janvier 2026), sans doute davantage car l'évaluation est incomplète ; mais 2,06 milliards ont été détectés et 0,68 milliard récupéré en 2024.
Une piste qui tient mieux
Garder l'objectif de 125 à 140 milliards d'ici 2032 (le CAE juge nécessaires au moins 125 milliards pour stabiliser la dette), mais ne compter que des mesures déjà chiffrées par des organismes publics.
Exemple tiré de la base du CAE (octobre 2026) : faire progresser les budgets de l'État et des collectivités (hors intérêts de la dette) au seul rythme des prix rapporterait 35 et 19 milliards par an au bout de 5 ans.
Pour la fraude, viser ce que chiffre cette base : environ 4,1 milliards par an, en renforçant contrôles et recouvrement.
Le reste, 67 à 82 milliards, serait à écrire mesure par mesure, et les baisses d'impôts à voter au rythme des économies constatées.
La vidéo
Vidéo bientôt en ligne.
Sources
- LCP — Ce qu'il faut retenir du premier débat entre les candidats (27/08/2026)
- AFP / Sud Radio — En quête de crédibilité budgétaire, Le Pen promet un effort de 140 milliards net (06/10/2026)
- Institut de l'Entreprise — Contre-budget du RN : 140 milliards affichés, moins de 10 milliards crédibles (octobre 2026)
- La Grande Conversation (Terra Nova) — RN : les mauvais comptes d'un budget dopé à l'IA (13/10/2026)
- Conseil d'analyse économique — Focus n° 147, Maîtriser les finances publiques (08/10/2026)
- Commission européenne — Écart de TVA dans l'UE, rapport 2025 (11/12/2025)
- HCFiPS — Note annuelle de suivi et d'évaluation des fraudes sociales (janvier 2026)
- Conseil constitutionnel — Décision n° 2024-6 RIP, accès des étrangers aux prestations sociales (11/04/2024)
Mise à jour : 28 octobre 2026