Florian Philippot · Les Patriotes · Énergie
Quitter le marché européen de l'électricité et rétablir le monopole d'EDF
Interdite telle quelle, ou impossible à financer en l'état.
Diviser le prix par trois n'est pas atteignable : réseau et taxes pèsent au moins 555 € sur une facture de 1 072 €, plus que les 357 € visés ; et le monopole d'EDF suppose de quitter l'UE.
La proposition
Sortir des règles du marché européen de l'électricité pour revenir à des règles nationales fondées sur le coût réel de production, rétablir le monopole public national d'EDF et empêcher l'ouverture des concessions de barrages à la concurrence. Le programme affirme qu'ainsi « la France pourra réduire le prix de l'électricité par trois ».
Annoncée
Programme « Grandes orientations pour un projet patriote », édition 2026-2027 (Les Patriotes, mis en ligne en septembre 2026), rubriques « Énergie » et « Redresser les finances publiques »
Ce que ça change pour vous
Facture moyenne au tarif réglementé : 1 072 € par an pour 4,5 MWh (proposition de la CRE pour le 1er août 2026). Divisée par trois, elle tomberait à environ 357 €.
Le réseau et les taxes pèsent à eux seuls au moins 555 € sur cette facture, et l'électricité elle-même au plus 515 € (estimation tirée des chiffres de la CRE). Même gratuite, l'électricité ne permettrait pas de diviser la facture par trois.
Si le « prix » visé est celui du marché, le diviser par trois donnerait environ 20 € le MWh (61 € en 2025 selon RTE), trois fois moins que le coût du nucléaire, 60,3 € (CRE).
Se caler sur ce coût changerait peu aux prix actuels ; l'effet jouerait surtout lors d'une flambée comme en 2022, quand le prix de marché a atteint 275,9 € le MWh en moyenne (RTE).
Si la promesse « prix divisé par trois » était tenue
715 € de moins
Avec une électricité gratuite, réseau et taxes inchangés (estimation, au moins)
517 € de moins
Combien ça coûte
Aucun chiffrage public de cette mesure n'a été trouvé, et le programme n'en donne pas.
Estimation : tenir la promesse pour les 19,37 millions de foyers au tarif réglementé demanderait de compenser environ 13,8 milliards par an (715 € × 19,37 millions, chiffres CRE), sans compter les entreprises ni les foyers aux offres de marché.
Aligner seulement les tarifs sur le coût du nucléaire coûterait peu aux prix actuels, mais beaucoup plus en cas de crise.
Les exportations d'électricité, valorisées à 5,4 milliards nets en 2025 (RTE), seraient à réorganiser hors du marché européen.
Est-ce possible
Dans l'UE, le monopole d'EDF est exclu : la directive 2019/944 (article 4) garantit à chaque client le libre choix de son fournisseur.
Un tarif réglementé pour les ménages reste permis. Pour tous les ménages, un prix sous les coûts n'est permis qu'en cas de crise déclarée par le Conseil de l'UE, sur 80 % au plus de la consommation médiane (directive 2024/1711, article 66 bis) ; des aides ciblées pour les ménages modestes restent possibles.
Le candidat lie la mesure au Frexit (article 50 du traité sur l'UE), qui passe selon son programme par une révision de la Constitution, au Congrès ou par référendum. Hors de l'UE, une loi suffirait.
- Monopole d'EDF en restant dans l'UELibre choix du fournisseur (directive 2019/944, art. 4)Non
- Tarif réglementé pour les ménagesDéjà en placeOui
- Prix sous les coûts pour tous les ménagesSeulement en crise déclarée, sur 80 % de la consommation médianeSous conditions
- Concessions des barrages gardées par EDFContestées par la Commission européenne selon le programmeSous conditions
- Sortie du marché et monopole après un FrexitArticle 50 du traité sur l'UE et révision de la ConstitutionSous conditions
Qui paie
Le programme ne prévoit aucun financement pour la baisse des prix de l'électricité.
Il compte au contraire sur 4,3 milliards par an d'impôt sur les sociétés en plus, grâce à des entreprises rendues plus rentables par une énergie moins chère.
Il prévoit aussi 5 milliards d'économies par an sur le soutien aux « énergies électriques alternatives » et le bouclier énergétique. Ces chiffres tiennent en une ligne de tableau, sans détail.
Une piste qui tient mieux
Garder l'objectif, des prix calés sur le nucléaire français, en restant dans les règles européennes : le « versement nucléaire universel » taxe les revenus nucléaires d'EDF au-delà de 78 € le MWh (50 %) et de 110 € (90 %), seuils du projet d'arrêté examiné par la CRE (décembre 2025), pour les reverser aux consommateurs.
Fixer ces seuils au plus bas permis par la loi, coût de production + 5 € et + 35 €, soit environ 65 € et 95 € le MWh, protégerait mieux les factures en cas de flambée, sans dépense pour l'État : c'est une taxe sur EDF, qui réduit d'autant ses revenus quand les prix sont élevés (CRE).
Garder le tarif réglementé pour les ménages et, en cas de crise déclarée, utiliser la possibilité de prix sous les coûts prévue par la directive 2024/1711.
La vidéo
Vidéo bientôt en ligne.
Sources
- Les Patriotes — Grandes orientations pour un projet patriote + Le Frexit en 10 questions, édition 2026-2027 (PDF, septembre 2026)
- CRE — Proposition d'évolution des tarifs réglementés de l'électricité de + 2,5 % au 1er août 2026 (communiqué, 16/07/2026)
- CRE — Délibération n°2026-147 sur les tarifs réglementés de vente de l'électricité (15/07/2026)
- CRE — Coûts complets de production du nucléaire historique 2026-2028 (communiqué, 30/09/2025)
- CRE — Délibération n°2025-265, avis sur le projet d'arrêté fixant les seuils du versement nucléaire universel (02/12/2025)
- RTE — Bilan électrique 2025, principaux résultats (février 2026)
- EUR-Lex — Directive (UE) 2019/944 sur le marché intérieur de l'électricité (article 4, libre choix du fournisseur)
- EUR-Lex — Directive (UE) 2024/1711, réforme du marché de l'électricité (article 66 bis)
Mise à jour : 28 octobre 2026