Les propositions de Natacha Polony

Natacha Polony · Sans étiquette · Énergie

EDF : refuser les conditions de Bruxelles sur les futurs réacteurs EPR2

Sous conditions

Possible, mais un point clé manque : coût, financement ou droit.

Pas de chiffrage. La France peut refuser, mais sans accord de Bruxelles le prêt public d'environ 44 milliards prévu pour les EPR2 ne peut pas être versé, et aucun autre financement n'est proposé.

La proposition

Refuser que Bruxelles conditionne son accord au financement public des six futurs réacteurs EPR2 à l'obligation de réserver une partie de leur production à des fournisseurs concurrents (elle y voit le retour, « sous une autre forme », de l'ARENH), et rejeter tout intermédiaire privé. Elle invoque le Préambule de 1946 (un service public national ou un monopole de fait doit devenir la propriété de la collectivité) pour « interroger sérieusement la compatibilité » entre service public et concurrence européenne. Objectif : une électricité « à prix bas et stable ». Le 15 septembre, elle disait déjà : « on renationalise EDF ».

Annoncée

27 octobre 2026 · Communiqué de campagne « Électricité : libérons EDF du dogme européen de la concurrence ! » (Paris, 27/10/2026) ; « on renationalise EDF » dit sur Sud Radio le 15/09/2026

Ce que ça change pour vous

Rien ne change sur la facture avant 2038, date visée pour la mise en service du premier EPR2, à Penly.

Le prix de référence garanti à EDF pour ces réacteurs est estimé entre 85 et 115 € le MWh, en euros 2024 (SFEN, mai 2026). L'ARENH, lui, obligeait EDF à céder du nucléaire à 42 € le MWh, jusqu'à fin 2025.

Sont concernés les clients des fournisseurs concurrents d'EDF, qui n'auraient pas d'accès réservé à cette production, et le programme EPR2 lui-même si son financement public reste bloqué.

L'État détient déjà 100 % d'EDF depuis le 8 juin 2023 : « renationaliser » ne changerait pas son actionnaire.

Prix de l'électricité nucléaire cédée ou garantie (EPR2 : estimation, € 2024)
ARENH (jusqu'à fin 2025)
42 €/MWh
Prix de référence EPR2 estimé, bas
85 €/MWh
Prix de référence EPR2 estimé, haut
115 €/MWh

Combien ça coûte

Aucun chiffrage public de la mesure, ni par la candidate.

Refuser la condition ne coûte rien en soi. Mais sans accord de Bruxelles, le prêt public prévu ne peut pas être versé : environ 44 milliards, soit 60 % du coût maximal de 72,8 milliards en euros 2020 (SFEN, mai 2026).

Il faudrait alors un autre financement, que la candidate ne chiffre pas.

Renationaliser EDF : pas de coût nouveau, l'État possède déjà tout le capital depuis 2023.

Ce qui dépend de l'accord de Bruxelles (SFEN, 2026, euros 2020)
Coût maximal des 6 EPR2
72,8 Md€
Prêt public prévu (60 %)
44 Md€

Est-ce possible

Refuser la condition : la France en a le droit. Mais une aide d'État ne peut pas être versée sans l'accord de la Commission (article 108 du traité sur le fonctionnement de l'UE), qui enquête depuis le 31 mars 2026 ; le prêt et le prix garanti resteraient bloqués.

Renationaliser : déjà fait, EDF est public à 100 % depuis juin 2023.

Le Préambule de 1946 exige qu'un monopole de fait soit public, ce qu'EDF est déjà. Il ne permet pas d'écarter le droit européen : en 2006, le Conseil constitutionnel a jugé que transposer les directives est une obligation constitutionnelle, sauf atteinte à l'« identité constitutionnelle de la France ».

Sortir EDF de la concurrence européenne demanderait de changer les directives européennes sur le marché de l'électricité.

Ce que permettent le droit français et européen
  • Refuser la condition de BruxellesPermis, mais l'aide aux EPR2 reste bloquée sans accordSous conditions
  • Renationaliser EDFDéjà fait : 100 % public depuis juin 2023Oui
  • Invoquer le Préambule de 1946Ne permet pas d'écarter une directive (décision de 2006)Non
  • Sortir EDF de la concurrence européenneIl faut changer les directives européennesNon

Qui paie

La candidate demande de « redonner à EDF les moyens d'investir et de produire », sans montant ni source de financement.

Le financement prévu aujourd'hui (prêt public et prix garanti) dépend justement de l'accord de Bruxelles.

Aucune solution de rechange n'est publiée si cet accord n'est pas obtenu.

Une piste qui tient mieux

Garder l'objectif (un EDF qui investit, un prix stable, pas de cession à bas prix comme l'ARENH) en négociant au lieu de refuser : vendre une partie de la production par des contrats longs signés directement par EDF avec les acheteurs, à un prix qui couvre le coût des EPR2 (85 à 115 € le MWh selon la SFEN), et pas à 42 €.

C'est la voie défendue par le gouvernement à l'été 2026 : 70 % de la production vendue sur le marché, 30 % en contrats de long terme (Opéra Énergie d'après Les Échos, juillet 2026).

Coût : pas de dépense nouvelle par rapport au plan déjà notifié, soit un prêt public d'environ 44 milliards remboursé sur 35 ans (SFEN).

La vidéo

Vidéo bientôt en ligne.

Sources

  1. Natacha Polony — Électricité : libérons EDF du dogme européen de la concurrence ! (communiqué, 27/10/2026)
  2. Sud Radio — Natacha Polony : « Le Rassemblement National ne dit pas des choses fausses sur tout » (15/09/2026)
  3. JeChange — EPR2 : Bruxelles exigerait que les concurrents d'EDF puissent acheter une partie de l'électricité des 6 futurs réacteurs (26/10/2026)
  4. SFEN — Aides d'État, CfD, prêt public : Bruxelles précise le financement des EPR2 (29/05/2026)
  5. Opéra Énergie (d'après Les Échos) — EPR2 : divergences entre la France et l'UE (03/07/2026)
  6. Conseil constitutionnel — Décision n° 2006-543 DC du 30 novembre 2006, loi relative au secteur de l'énergie
  7. EDF — Mise en œuvre du retrait obligatoire des titres de capital d'EDF (08/06/2023)
  8. Moneyvox — Factures d'électricité : ce qui va vraiment changer après le 1er janvier 2026 (22/12/2025)

Mise à jour : 28 octobre 2026

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