Bruno Retailleau · LR · Retraites
Départ à 63 ans minimum, taux plein à 65 ans et une part de capitalisation
Possible, mais un point clé manque : coût, financement ou droit.
Une loi suffit, mais les 40 milliards d'économies sur cinq ans ne sont pas détaillés, et la cotisation de 1 % évoquée paierait environ 8 % de la retraite des jeunes, pas un quart (estimation).
La proposition
Âge minimal de départ à 63 ans, avec une décote de 7 % par année de départ avant 65 ans ; taux plein automatique à 65 ans (67 ans aujourd'hui), même sans tous ses trimestres, cet âge suivant ensuite l'espérance de vie ; et environ un quart (25 à 30 %) de la retraite des jeunes qui entrent sur le marché du travail versé par capitalisation.
Annoncée
22 septembre 2026 · Entretien sur LCI
Ce que ça change pour vous
Concernés : les futurs retraités, et les jeunes qui commencent à travailler. Le candidat n'a pas dit si la décote toucherait ceux qui ont tous leurs trimestres avant 65 ans ; les carrières longues partiraient sans décote dès 63 ans.
Départ à 63 ans, pour une retraite de base de 1 000 € avant décote : 860 € avec la décote de 14 % du projet, contre 900 € aujourd'hui s'il manque 8 trimestres et 800 € s'il en manque 16 (taux calculés par Senioractu, octobre 2026, pour la génération 1964).
Départ à 65 ans avec 8 trimestres manquants ou plus : 1 000 € au lieu de 900 €, car le taux plein, sans décote, arriverait à 65 ans au lieu de 67.
Capitalisation : la cotisation de 1 % évoquée représenterait environ 19 € par mois pour un jeune payé au Smic (1 867 € brut), à partager avec l'employeur.
Départ à 63 ans, il manque 8 trimestres
40 €/mois de moins
Départ à 63 ans, il manque 16 trimestres
60 €/mois de plus
Départ à 65 ans, il manque 8 trimestres ou plus
100 €/mois de plus
Combien ça coûte
Le candidat annonce 40 milliards d'économies cumulées sur cinq ans, soit 8 milliards par an en moyenne. Ni son calcul ni un chiffrage indépendant n'ont été publiés, à notre connaissance.
Repères de la Cour des comptes (février 2025), pour 2035 : un âge minimum à 63 ans au lieu de 64 coûterait 5,8 milliards par an aux retraites et 13 milliards à l'ensemble des finances publiques ; à 65 ans, il rapporterait jusqu'à 8,4 milliards aux retraites et 17,7 milliards à l'ensemble.
La Cour n'a chiffré ni la décote ni l'âge du taux plein. Dans le projet, le taux plein à 65 ans au lieu de 67 augmente des pensions, la décote de 7 % en réduit d'autres : le solde dépend du nombre de départs avant 65 ans.
Estimation pour la capitalisation : avec le rendement de 4 % annoncé, 1 % du salaire paierait environ 8 % de la retraite, et non 25 à 30 %. La Fondation pour l'innovation politique (2024) obtient à terme un tiers (33 %) avec 4 % du salaire placés à 4 % par an après inflation ; 1 % en paie quatre fois moins.
Est-ce possible
Âge minimum à 63 ans, décote et taux plein à 65 ans : une loi ordinaire suffit. Le Conseil constitutionnel a validé en 2023 le passage de l'âge légal de 62 à 64 ans (décision 2023-849 DC).
Lier l'âge du taux plein à l'espérance de vie relève aussi de la loi ; les règles ne sont pas encore fixées.
Capitalisation obligatoire : une loi suffit. Un régime obligatoire par capitalisation existe déjà pour les fonctionnaires, la retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP).
Ni le droit européen ni la Convention européenne des droits de l'homme n'imposent un âge de départ ; la mesure ne touche pas les pensions déjà versées.
- Âge minimum à 63 ans et décote de 7 %Loi ordinaireOui
- Taux plein automatique à 65 ansLoi ordinaireOui
- Âge du taux plein lié à l'espérance de vieLoi ordinaire, règles à préciserOui
- Capitalisation obligatoire pour les jeunesLoi ordinaire, existe déjà pour les fonctionnairesOui
Qui paie
Le volet âge doit dégager des économies : 40 milliards sur cinq ans selon le candidat, sans détail publié à notre connaissance.
Selon LCP, « l'une des pistes envisagées » pour financer la capitalisation est une cotisation de 1 % du salaire brut, partagée entre salarié et employeur. Le candidat n'a pas dit si elle s'ajouterait aux cotisations actuelles ou serait prise sur elles.
Prise sur les cotisations actuelles, elle priverait la répartition de recettes pendant des décennies : selon le COR (décembre 2025), une transition, même partielle, passe par une double cotisation, des pensions moins revalorisées ou une dépense de l'État.
L'exonération de cotisations promise aux carrières longues qui travaillent jusqu'à 65 ans n'est pas chiffrée.
Une piste qui tient mieux
Garder les deux âges, en publiant le détail des 40 milliards d'économies, et garder l'objectif d'un quart de la retraite des jeunes en capitalisation.
Le financer par une cotisation nouvelle d'environ 4 % du salaire brut, ajoutée sans rien retirer à la répartition : à terme, elle ajouterait environ un tiers à la retraite par répartition, soit un quart du total (calcul d'après la Fondation pour l'innovation politique, 2024).
Pour un jeune au Smic, environ 75 € par mois, partagés avec l'employeur, au lieu de 19 € avec 1 %.
Placer cette épargne dans un fonds collectif national, comme la RAFP des fonctionnaires, plutôt que sur des comptes individuels : les frais seraient plus faibles, selon la même étude.
La vidéo
Vidéo bientôt en ligne.
Sources
- franceinfo (AFP) — S'il est élu, Bruno Retailleau veut instaurer un âge minimal de départ à la retraite à 63 ans, et le taux plein à 65 ans (22/09/2026)
- LCP — Retraites : Bruno Retailleau veut un âge minimal de départ à 63 ans et un taux plein à 65 ans (23/09/2026)
- Senioractu — Retraite à taux plein à 65 ans, même sans tous vos trimestres : Bruno Retailleau le promet, mais votre départ à 63 ans subirait une décote (23/10/2026)
- Cour des comptes — Situation financière et perspectives du système de retraites (20/02/2025)
- COR — Répartition, réserves et capitalisation : quels enjeux pour les retraites ? Le dossier en bref (18/12/2025)
- Fondation pour l'innovation politique (B. Martinot) — La capitalisation : un moyen de sortir par le haut de la crise des retraites ? (novembre 2024, document n° 9 du COR)
- Conseil constitutionnel — Décision n° 2023-849 DC du 14 avril 2023 (réforme des retraites)
- Service-public.gouv.fr — Smic : montant en vigueur (page vérifiée le 01/06/2026)
Mise à jour : 28 octobre 2026